Les radios pirates, c’est un style, c’est jeune, et déculpabilisé. Il suffit de passer dix minutes avec les présentateurs radios du bateau pour comprendre que c’est la belle vie : amour du disque, sexe libéré, et amitiés à gogo.


Sur la terre ferme, c’est tout le contraire : le ministre, dans Good Morning England, costume impeccable, affiche son mauvais caractère dans un environnement gris, terne et neutre. Dans la politique, on ne rigole pas vraiment, et, sans le dire, c’est presque par jalousie sans doute, qu’on échafaude des stratagèmes pour stopper l’émission des radios pirates.
Richard Curtis a la bonne idée de nous faire rire aussi, lors de ces intrusions dans la sphère hautement rigide du gouvernement, pour qui, le jour de Noel, un pétard dans un bonbon est déjà une bien grande émotion !

 


Du côté de la mer, et du bateau Radio Rock, les couleurs ne manquent pas, les personnages hétéroclites non plus, et c'est là l'une des plus grandes qualités de Good Morning England.
Chaque personnalité est attachante : Bob, l’amoureux des vinyles, qui pourrait mourir noyé pour eux, en dansant avec, le Comte (Philip Seymour Hoffman), passionné de musique, prêt à mourir à l’antenne pour satisfaire les auditeurs, Gavin et Quentin, au style vestimentaire dandy et coloré.

Faire de Carl le héros principal est plutôt bien joué : bleu sur la thématique des radios pirates, comme nous, il va et vient dans cet univers fantasmatique et salé. Son initiation, sexuelle, mais aussi paternelle (son père, qu’il n’a jamais connu, est sur le bateau, mais qui est-ce ?) est sans doute la deuxième figure de proue de Good Morning England, comme si ce mélange suggérait la valeur finalement éducative et structurante de Radio Rock.

Rétro, le film Good Morning England l’est, résolument : des valises de vêtements à la mode des années 1960, les coupes de cheveux qui vont avec, sans oublier la gestuelle adaptée. La reconstitution est soignée mais ne fait pas oublier les deux heures et quart passées devant l’écran à contempler Radio Rock.
Ecouter la radio deux heures tient du miracle. La regarder n’est pas forcément plus évident, surtout lorsque toutes les vingt minutes, Richard Curtis s’amuse à insérer les réactions poussées et candides des auditeurs quant à la vie des présentateurs radios.
C’est ne pas exagérer que de parler d’un royaume du kitsch dans une mer d’extravagance.

Critique écrite par Ariane du site "Une semaine, un chapitre"