Ecrit entre 1954 et 1957
L'Interzone. Un territoire qui ne figure sur aucune carte, situé quelque part entre New York et Tanger, dédale infini de mes semblables aux méandres du cerveau d'un
drogué. Un lieu fantomatique, où se réfugie William Lee après avoir accidentellement tué sa femme. Persuadé d'être un agent secret au centre d'une gigantesque machination, Lee commence à rédiger
des rapports pour le compte d'une mystérieuse corporation internationale, communiquant avec elle par l'intermédiaire d'une machine à écrire fort loquace qui se transforme volontiers en cafard...
Vertigineuse descente aux enfers de la drogue - de toutes les drogues -, le roman de William Burroughs est d'une veine à la fois terrifiante, macabre, et d'un comique presque
insoutenable.
Auteur emblématique de la Beat Generation, William Burroughs a
marqué de son empreinte sulfureuse la littérature américaine des années soixante. Le manuscrit du Festin nu est un tel fatras de notes éparpillées qu'aucun éditeur n'accepte de le
publier, d'autant que le contenu est d'une obscénité rare et qu'il heurte à peu près tous les principes de bienséance. Ce n'est qu'avec l'aide de Jack Kerouac et d'Allen Ginsberg que Burroughs
parviendra à en tirer une matière présentable... c'est-à-dire correctement tapée à la machine, car pour ce qui est de la clarté du propos, comme le répétait Burroughs pour expliquer sa démarche,
"les mots savent où ils doivent être mieux que vous. Ils n'aiment pas être gardés en cage". L'ouvrage relève donc à bien des égards du surréalisme, tout en relatant les errances et autres visions
d'un esprit sous l'emprise de maintes substances hallucinogènes. Tenter d'en faire la synthèse serait une entreprise vouée à l'échec. On entre dans Le Festin nu comme on pénètre en un
laboratoire, sans a priori quant à la finalité de l'expérience qui s'y déroule. Burroughs s'y adonne à un dérèglement systématique des sens, débouchant sur une nouvelle sémantique.
La bande annonce du film "Le festin Nu" réalisé par David Cronenberg en 1992 :
Le Cut-up, qu'est-ce?
Le
cut-up est une technique (ou un genre) littéraire aléatoire expérimentée par l'auteur américain William S.
Burroughs, où un texte se trouve découpé au hasard puis réarrangé pour produire un texte
nouveau. Des fragments de textes d’autres auteurs sont parfois ajoutés au portions découpées du texte original.
Le cut-up est intimement lié au mode de vie et à la philosophie de la Beat
Generation définie par William S. Burroughs
et Jack Kerouac. Il tente de reproduire les visions dues aux hallucinogènes, les distorsions spatio-temporelles de la pensée sous
influence toxique (phénomène de déjà-vu notamment). Esthétiquement, le cut-up se
rapproche du pop-art, des happenings et du surréalisme d'après-guerre (Henri Michaud par
exemple) et de sa quête d'exploration de l'inconscient. Philosophiquement, Burroughs y voit
l'aboutissement du langage comme virus et l'écriture comme un lâcher prise de la conscience (il proclame : « language is a virus »). Il faut enfin différencier le cut-up, technique
assumée et créatrice du plagiat qui est un vol éhonté d'un texte
appartenant à un autre auteur. Ce procédé s'inscrit dans le principe du détournement néo-dada que l'on retrouve dans les œuvres de Gil J Wolman et Guy Debord datant
des années 1950/1960.
Dès le début des années '60 paraissent ses premiers textes mettant en scène l'usage du "cut up, le fait de couper différentes parties d'un texte, le sien ou celui d'un autre, et de les
combiner pour reformer un nouvel écrit, tout comme un collage en peinture ou le montage au cinéma.
"Minutes to go" , écrit avec Brion Gysin, Gregory Corso et
Sinclaire Beiles à Paris fut le premier jet de la méthode. Il sera suivit par "The Exterminator", écrit en compagnie de Brion Gysin à Los Angeles. On peut aussi retrouver des
exemples de "cut up" dans "Nova Express " et dans "The Ticket That Exploded". Durant les années soixante, beaucoup de médias firent
l'objet de "cut up" et ce toujours en compagnie de Gysin.
Le "cut up" se rattache à des mots tels que la perception, les hallucinogènes, le sexe, la pensée, le pop art et les happenings. Cette technique est à la base du structuralisme et de la
déconstruction, deux mouvements littéraires modernes. Cette équation entre l'espace-temps, le voyage, le passé et le présent aura permis à son auteur de découvrir l'inconscient de l'écriture. La
découverte par accident d'un sens nouveau, met en rapport l'impression de déjà vu que l'on retrouve dans des lieux où l'on croit déjà être venu auparavant. Dans ses nombreux textes, on découvre
des "cut up" effectués à partir d'extraits de romans de Kafka, Shakespeare, Conrad et Coleridge. Enfin, pour que le texte garde une certaine homogénéité, Burroughs apportera des arrangements et
de nombreuses suppressions.
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