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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 18:20

  

Dans l'Amérique conservatrice, puritaine, bien pensante des années 50, en pleine guerre froide où le maccartysme fait rage, où la ségrégation raciale est institutionnalisée... un groupe de poètes, dont les figures emblématiques s'appellent Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs donne naissance à un formidable mouvement, celui de la Beat Generation qui va profondément bouleverser la culture et la société américaine...

En 1944, dans le milieu interlope new yorkais, Jack Kerouac joueur de football américain déchu d'origine québécoise rencontre Allen Ginsberg, juif homosexuel, à l'Université de Columbia à New York. Ensemble, ils décident de créer ce qu'ils appellent une "nouvelle vision" de l'art : redonner un nouvel élan à la poésie s'inspirant de Walt Whiman, Rimbaud et Céline. Pour cela, ils consomment drogues sur drogues dans les bas quartiers new-yorkais où prostitution et déliquance se cotoient. William Burroughs, qui se joint à eux, en plein traitement psychanalytique en connaît un rayon en drogues et leur présente un dealer, Herbert Huncke qui ne cesse d'utiliser une expression "I'm beaten down", qui pour les jazzmen noirs, signifiait "je suis crevé, lessivé".

Plus tard, Kerouac redéfinira cette expression en y rajoutant un brin de romantisme : "Pour moi, être beat, ça voulait dire être pauvre, dormir dans le métro et cependant être illuminé et avoir des idées sur l'apocalypse et tout ça." Le jazz devient à cette époque pour Kerouac une religion. Il est en effet le premier à entrevoir comment le jazz peut influer sur la vie, être le moteur d'une écriture. Tous se reconnaisent dans le jazz, plus particulièrement dans le be-bop qui se caractérise essentiellement par des improvisations à couper le souffle. Ils décident alors que leurs écrits soient de la même veine, une grande improvisation.

Mais être "beat", c'est avant tout rejeter la société telle qu'elle existe. Et c'est, aussi, mener une existence en conformité avec ses idées faites de liberté, d'abandon aux plaisirs des sens, et de recherche d'une autre forme de vie moins contraignante. Il y a un thème commun qui lie Kerouac, Ginsberg, Burroughs puis ensuite Gregory Corso qui les rejoint : celui du rejet des valeurs conservatrices, puritaines de la classe moyenne américaine, l'inutilité de la société moderne et la nécessité de retrait et de protestation.

 

 

 

En 1946 à New York, Kerouac fait la connaissance de Neal Cassady, épris de liberté et de voitures, coureur de jupons et tout juste sorti de prison pour recel. Tous deux parcourent en long et en large les Etats-Unis reliant New-York et San Franscico à de nombreuses reprises. Cassady incarnera plus tard Dean Moriarty dans le roman de Kerouac Sur la route.

Ce groupe d'amis migre alors vers San Francisco en 1955.  Se joignent à eux Gary Snyder, Lawrence Ferlinghetti, Michael McClure, Philip Whalen, Lew Welch et Lamantia. La plupart d'entre eux luttent pour être publié. Désespérés, ils pensent que leurs écrits caractérisés par cette révolte commune fondée sur un individualisme forcené qui veut démontrer la toute puissance créatrice de l'individu, ne seront jamais compris. Le contenu de leurs écrits est fait de vagabondages, de recherche de plaisirs sexuels, de penchants pour les paradis artificiels, bien décidés à ébranler la société américaine dans ses certitudes. Ils tentent de réveiller le corps et l'esprit : voyager sous tous les cieux, boire, se droguer, appeler Dieu ou le rejeter, abolir toutes les conventions, toutes les traditions, partir seul ou à plusieurs, rêver sa solitude, vivre son enthousiasme aussi bien que sa dépression, brûler sa vie jusqu'à se détruire.

Mais leur heure de gloire les attend et c'est par une lecture de poésie légendaire à la Six Gallery de San Francisco que tout commence. Tous sont réunis le 7 octobre 1955, chacun y va de sa lecture sauf Kerouac, n'aimant pas cet exercice en public. Ginsberg, quant à lui, part en guerre contre les valeurs matérialistes destructrices et contre la politique américaine en lisant un passage de son long poème, Howl :

"J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus, Se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre, Initiés à tête d’ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique  nocturne, Qui pauvreté et haillons et œil creux et défoncés restèrent debout en fumant dans l’obscurité surnaturelle des chambres bon marché flottant par-dessus le sommet des villes en contemplant du jazz, Qui ont mis à nu leurs cerveaux aux Cieux sous le Métro Aérien ..."

Lawrence Ferlinghetti qui a crée sa maison d'édition et installé sa librairie "City Lights" à San Francisco, décide de publier Howl, considéré comme un sacré doigt d’honneur en direction de l’Amérique puritaine et sera poursuivi pour atteinte aux bonnes moeurs et obscénité. Ce qui fera son succès car en octobre 1957, le juge Clayton W. Horn rend un arrêt affirmant le contraire. Il en va de même pour William Burroughs et son Festin nu, descente cauchemardesque dans l'esprit d'un junkie et écrit sous influence de drogues hallucinogènes. Sur la routede Kerouac sort la même année écrit d'un seul jet sur un rouleau de 36 mètres de long, retraçant les péripéties de ce dernier avec Neal Cassady sur les routes américaines. Cet ouvrage rencontrera également un véritable succès.

 

 

Le mot "beatnik" apparaît alors en avril 1958 dans un article du journal San Francisco Chronicle faisant référence au Sputnik, sattelite russe. Pour l'époque, ce terme est assez péjoratif car le monde se trouve plongé en pleine guerre froide, les Ginsberg, Kerouac et compagnie étant considérés comme des communistes illuminés. Le terme resta et devint l'emblème d'une génération.

Bob Dylan et les Beatles ont été fortement influencés par la Beat Generation. Allen Ginsberg, grand ami du premier participera à l'Human Be-in en 1967 à San Francisco, après avoir effectué un voyage en Inde à la recherche d'un maître spirituel. Il y prônera les valeurs mystiques orientales et de ce fait participera au mouvement anti-guerre, tout comme les artistes Jefferson Airplane, Joan Baez, Country Joe and the Fish ou encore Crosby, Stills, Nash & Young.  Ginsberg fut l'artisan du rapprochement idéologique entre les beatniks des années 50 et les hippies des années 60. La Beat Generation a également engendré des mouvements de grand ampleur tels Deep Ecology et Earth First!

Les écrivains de la Beat Generation ne proclamaient pas vouloir changer le monde, leur provocation est dans leur manière d'être, dans leurs comportements qui vont à l'encontre des valeurs dite"saines" de l'Amérique bien-pensante. D'après John Clellon Holmes, c'est une génération "à tâtons vers la foi à partir d'un désespoir et d'un chaos intellectuel moral dans lequel ils refusent de se perdre."

Les écrivains de la Beat Generation s'inscrivent dans une tradition de la littérature américaine qui remonte au transcendantalisme de Thoreau ou d'Emerson, promeut une forme de contestation sociale autant que métaphysique, et exalte l'épopée solitaire, le contact immédiat et intime à la nature. Abordant également de front la sexualité, les désillusions sociales américaines et les modifications de la conscience, elle a fortement influencé l'émergence des idées hippies. On lui attribue le slogan "Flower Power" abondamment utilisé par la communauté hippie. Kerouac, quant à lui, refusera d'être associé à celle-ci...

"Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller." Jack Kerouac -  Sur la route.

 

 

 


Biographie d'Allen Ginsberg

undefined Avec son frère aîné Eugene, Allen Ginsberg grandit dans une famille juive dont le père est instituteur et poète, et la mère, Naomi, membre actif du PC et souffrant de paranoïa. Adolescent il découvre Walt Whitman. A Columbia University, il rencontre William Burroughs et Jack Kerouac. 'Howl and Other Poems', publié en 1956, est un long poème en prose relatant les expériences de Ginsberg avant 1955 ainsi qu'une histoire de la Beat Generation, dont il est l'un des membres fondateurs. L'oeuvre fait scandale à cause de son langage cru et explicite et est temporairement retirée de la vente pour obscénité. Allen Ginsberg y part en guerre contre les valeurs matérialistes destructrices et contre la politique américaine. En 1961, il publie une autre oeuvre majeure, commencée en 1957 dans un café parisien, 'Kaddish for Naomi Ginsberg', où il relate la maladie paranoïaque de sa mère et leur relation angoissée. Dans les années 60, Ginsberg part en Inde en quête d'un guide spirituel, période relatée dans 'Indian Journals' (1970), et le bouddhisme tibétain restera une influence importante. Suite à la mort de Jack Kerouac (1969), il compose son élégie 'Memory Gardens'. En 1972, 'The Fall of America' reçoit le National Book Award for Poetry. Puis 'Cosmopolitan Greetings : Poems 1986-1992' est finaliste pour le Pulitzer Prize. La poésie d'Allen Ginsberg, spontanée et libre, est un mélange de modernisme, de ses origines juives et de sa foi bouddhiste

 

 

Biographie de Jack Kerouac

BigJackKerouacBlackandWhiteGood.jpg Jack Kerouac (de son vrai nom Jean-Louis Kerouac) est issu d'une famille d'immigrés canadiens français. Après un passage éclair à l'université Columbia, où il se consacre au football, il est tour à tour matelot, cueilleur de coton, déménageur, manoeuvre. Se posant d'emblée hors de tout establishment, il se veut autodidacte. Avec le soutien de ses amis Allen Ginsberg et William Burrough, il publie son premier roman, 'Avant la route' en 1950. De longues années vont s'écouler avant qu'il ne soit publié à nouveau. Il traverse le pays en tous sens et cherche à
des formes d'écriture plus libres. Il s'inspire ainsi de la prose spontanée des
lettres de son ami Neal Cassady. C'est finalement à San Francisco qu'un engouement commence à se créer autour de ce que Jack a nommé la 'Beat Generation'. 'Sur la Route' est enfin publié en 1957 et Jack devient l'icône 'beat' du public. Mais il réagit mal devant cette immense popularité. De plus, Kerouac, influencé par sa mère, a des opinions politiques plutôt conservatrices. Il prend position contre les valeurs hippies des années 60. Miné par l'alcool et la benzédrine, il meurt à 47 ans sans avoir pu concrétiser son rêve : relier ses oeuvres, à la façon de Balzac ou de Proust, sous un titre générique, 'la Légende des Duluoz'. En 2007, Gallimard publie ses correspondances sous le titre de 'Lettres choisies'. 

 



Biographie de William Burroughs

william-s-burroughs.jpg Petit-fils de l'inventeur de la machine à calculer, William Burroughs se passionne pour les armes à feu. En 1936, il obtient son diplôme en littérature et en anthropologie de Harvard et, avec la pension de deux cents dollars par mois que ses parents lui allouent, il part à New York. Dans sa quête d'identité, il décide de rejoindre le monde des outlaws et de la pègre, devenant héroïnomane. A Columbia University, il rencontre Allen Ginsberg et Jack Kerouac, avec qui il formera le noyau de la Beat Generation. En 1947, il s'installe avec Joan Vollmer - membre du groupe avec qui il aura un fils, William S Burroughs Jr. - elle aussi droguée. Ils déménagent à Mexico City où William Burroughs la tue accidentellement, en jouant à Guillaume Tell. Echappant à la justice, il part en Amérique latine à la recherche d'une drogue nommée Yage, dont il parlera dans 'The Yage Letters' (1955). En 1953, il publie 'Junky' et s'installe à Tangiers. En 1959, il publie son célèbre roman, 'The Naked Lunch', dans lequel l'addiction est considérée comme une métaphore de la condition humaine s'étendant aussi bien à la religion, la politique, la famille et l'amour qu'à la drogue. Formellement parlant, Burroughs innove en explorant un stylenon-linéaire mélangeant plusieurs morceaux satiriques qu'il utilisera aussi dans 'The Soft Machine' et 'Nova Express'. A son retour aux Etats-Unis 'The Naked Lunch' fait l'objet d'un procès pour obscénité. En 1983, William Burroughs est élu membre de l'American Academy of Arts and Letters.

 

 

Par Tonton - Publié dans : The Beat Generation - Communauté : On the road...
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 18:42

Widespread Panic © KLRU photo by Scott Newton

  C'est à partir des années 90 que Widespread Panic se voit attribuer l'étiquette de dignes héritiers du Grateful Dead. Reprenant le flambeau de ce groupe mythique en sillonnant le territoire américain, de festival en festival, Widespread Panic propose un rock sudiste mariant free jazz, blues, country, groove qui deménage. Revêtant le costume laissé par le Dead, celui d'un Jam Band où l'improvisation lumineuse fait danser et planer la horde de fans qui les suit à chaque tournée, Widespread Panic devient un groupe incontournable dans les plus grands festivals. Souvent comparé au Grateful Dead et à Phish, ce collectif basé à Athens, Georgia s'est forgé une réputation impressionnante de tournées incessantes. Leur réputation en tant que figure de proue sur le circuit Jam Band néo-hippie s'est propagée rapidement.

 Pour connaître l'origine de ce groupe, il faut remonter en 1982, quand le chanteur John Bell et le guitariste Mike Houser commencent à jouer ensemble en marge de leurs études collégiales à Athens, Géorgie. Lorsque le bassiste Dave Schools quitte le milieu universitaire pour rejoindre le duo, l'année d'après, Widespread Panic voit officiellement le jour. Le groupe enregistre son premier single, "Coconut Image" en 1986 et le batteur Todd Nance les rejoint peu de temps après, suivi par le percussionniste Domingue "Sunny" Ortiz et enfin le claviériste John "JoJo" Hermann.

  Widespread Panic sort un premier album énergique, "Wrangler Space" en 1988 sur le The Tiny Landslide label. Après plusieurs années de tournées incessantes, ils signent chez le label major Capricorn en 1991. Apparitions au H.O.R.D.E. Festival (Horizons of Rock Developing Everywhere) en 1992 et 1993 qui leur permet d'accroître le nombre de leurs fans suite à leurs prestations. Après avoir fait équipe avec leur compatriote géorgien Chesnutt Vic pour enregistrer en 1995 l'album "Nine High a Pallet" sous le nom de "Brute", Widespread Panic sort en 1997 l'album "Bombs and Butterflies". Au printemps 98, le groupe enchaîne avec "Light Fuse", "Get Away" et "''Til the Medicine Takes" qui suit un an plus tard. "Another Joyous Occasion" (2000) et "Don't Tell the Band" (2001) sont les deux premiers du millénaire.

 

En Juin 2002, Widespread Panic retourne sur la route pour leur tournée estivale annuelle des États, mais le membre fondateur et guitariste Michael Houser tire sa révérence. Houser lutte contre le cancer et doit retourner chez lui à Athens pour se reposer et le guitariste George McConnell le remplace à la fin de la tournée. Le 10 août 2002, Houser décède, suite à des complications dûes à son cancer du pancréas, à l'âge de 40 ans. Le souhait de Houser était que le groupe se devait de continuer après son décès, McConnell le remplace donc. 

 

L'album suivant "Ball" voit le jour en avril 2003. "Night of Joy" et "Über Cobra", sortent fin mars 2004, reprenant les morceaux Live de deux spectacles donnés à "The House of Blues" (Myrtle Beach, Caroline du Sud). Widespread Panic retourne en studio et c'est 2006 que "Earth of America" est pondu. S'y ajoute "Free Somehow", le dixième album studio du groupe (et le premier avec le nouveau venu, le guitariste Jimmy Herring).

Le dernier album en date est "Dirty Side Down" (2010)...une pure merveille de rock où l'on s'extasie à l'écoute de la palette riche de sons et de textures que nous offre Widespread Panic. Les mélodies blues se marient à merveille avec un rock virulant parfumé de temps à autre de jazz fusion et de psychédélisme !!! Widespread Panic est avant tout un jam band, un groupe qui a pour habitude de se produire devant plus de 70 000 personnes en live et dont les performances scéniques sont de grande envolée. En voici la preuve avec ce Live au Red Rocks le 28 juin 2002 :

  

Live at Red Rocks (2002/06/28)

   

 

 

Set 1
Let's Get Down To Business
Pleas
Barstools and Dreamers
Little Lilly
C. Brown
Tie Your Shoes
The Waker
Contentment Blues
Imitation Leather Shoes

Set 2
Weight Of The World
Pusherman
Coconut
Doreatha*
Bayou Lena*
It Ain't No Use**
Jam**
Drums***
Rebirtha
Low Rider
Proving Ground

Encore
Casa Del Grillo
Mr. Soul

* avec George McConnell à la guitare/vocals, Randall Bramblett au saxophone
** avec Randall Bramblett au saxophone
*** avec Cecil Daniels à la batterie

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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 18:06
La scène musicale islandaise riche et variée...un documentaire proposé par Arte :
L'arbre Björk ne cache plus la forêt : une nouvelle génération islandaise arrive en force sur la scène musicale. Les préjugés sur les insulaires ayant la vie dure, on imagine les Islandais comme un peuple marginal et replié sur lui-même. Idée largement démentie, entre autres, par la vie musicale qui s'y développe. La capitale Reykjavik est en l'occurrence une véritable pépinière de créateurs, le quartier général de quelque 400 groupes de musiciens multipliant les recherches et les expériences tous azimuts - un foisonnement remarquable dans une ville qui ne compte pas plus de 120 000 habitants et dont on peut découvrir le centre en dix minutes.

Le rock venu du froid

 

 
Durée : 55min.
Diffusion : Haute définition
Genre : Docu-info - Musical
Origine : Allemagne
Année de réalisation : 2011
Réalisation : André Schäfer, Jonas Niewianda

 

 

 

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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 12:03
 SETLIST

1. When The Music's Over
2. Alabama Song
3. Back Door Man
4. Five To One
5. Hello, I Love You
6. Moonlight Drive
7. Horse Latitudes
8. A Little Game
9. The Hill Dwellers
10. Spanish Caravan
11. Wake Up
12. Light My Fire
13. The Unknown Soldier
14. The End
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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 19:45

 

 Me voici sur le retour.

Bien que je ne sois jamais parti. Près d'un an et demi, pour achever un premier graphic novel. (rêve de gosse au passage) permis grâce à un relais de contacts, transmission naturelle non forcée comme les affectionne la destinée. La marque jalon majeure se situe ici-même, ''On The Road with Jerry...''

Vince Larue – Mars 2012

 

***

 

J'aime à citer Robbie Robertson lorsqu'interviewé par Scorsese au moment de The Last Waltz, le dernier concert de The Band, avec ses membres originaux.''The beginning of the beginning of the end of the beginning.''

Pour situer, le journal beat : Frissons solaires d'un ange de la désolation, c'était il y a deux ans – entre janvier et juin 2010 (voir le lien proposé à la fin de l'article).

 

 

Une brève rétrospective m'amènerait à préciser que la paix profonde réelle et affichée aujourd'hui s'est nourrie, énergisée, d'une révolte virulente sans violence, pacifisme radical, qui se poursuit à l'heure actuelle par un mélange plus ou moins subtile d'anarchisme bouddhiste, de bouddhisme engagé, sans réfuter des épithètes tels que ''holistique'', ''mystique'', ''chamanique'' – allez savoir.

Un petit recueil poétique en langue anglaise, auto-publié sous le titre clin d’oeil Solar Shiverings en reprend les instants de grande lucidité, de pleine conscience, d'absence de croyances, d'esprit vide, d'amour. Car c'est avant tout une ode à un amour étrange, improbable mais pourtant existant, inspirant, infini. Poèmes courts, forme épurée, incisive et osons sincère, se dit d'influence Beat, Zen et tribale.

***

 

Depuis quelques mois, voici que je tournais à 3-4 planches de Dark Heat par semaine, avec l'idée claire de terminer d'illustrer avant avril, où une semaine de break complet dans mon emploi du temps, me permettait d'envisager sérieusement de me rendre en Arizona, à Phoenix même, bénéficiant de l'hospitalité de Barry Graham, auteur du script et zen teacher au Sitting Frog Zen Center.

D'un seul coup l'année nouvelle prenait encore un autre visage, si nous devions tous périr en 2012, les spéculations allant bon train, alors je la voudrais flamboyante cette année, de mille feux et étincelles comme les étoiles d'une nuit sans nuages. Une nuit comme celle du 2 au 3 octobre dernier, cette nuit passée à courir entre Dunkerque et Lille, près de la frontière belge, chevauchée plusieurs fois au cours d'un ultramarathon de près de 150 kilomètres – allez comprendre.

Courir comme dessiner, il n'a jamais été question, jamais été envisageable pour moi de ralentir, freiner ces activités, ces pratiques qui n'en forme qu'une, oui, du genre pratique zen assez originale. J'ai toujours ressenti ce besoin, cette passion indomptable qui consiste à honorer par mon existence ces deux activités propres à la lignée, je veux parler de la lignée humaine, l'art en particulier graphique et la bipédie dans son plus bel exercice, la course à pieds. Je ne partais pas complètement innocent, les indiens Tarahumaras pour référence, et quelques spécialistes américains, Scott Jurek, Anton Krupicka, ces hippies de l'ultrarunning pour illustrer de manière simplette ce dont il est réellement question. (j'écrirai un article plus tard sur le sujet, il s'agit purement de contre-culture athlétique, brisant les stéréotypes sportifs et possibles limites humaines).

 

 

Pour revenir à Dark Heat, son aboutissement, ses 142 pages, et ce voyage outre-atlantique vers le désert où l'on renaît, Phoenix, la gigantesque, controversée, contradictoire, à l'image du reste du monde qui ne se contrôle plus. Eh bien, ce séjour se voulait point d'honneur, j'allais découvrir la ville qu'il m'avait été donné d'illustrer, j'allais rencontrer l'auteur dont j'avais illustré un roman publié en France par 13e Note éditions en juin 2011, Regarde Les Hommes Mourir. Après un an et demi d'échanges très réguliers, dialogues internet amicaux parfois très personnels, d'une vision partagée, cette rencontre devait et allait se produire.

 

 

 

 

"From the macabre minds of writer Barry Graham and artist

Vince Larue, Dark Heat is a contemporary hybrid of crime

thriller and ghost story, set against the bleak desert cityscape of

Phoenix, Arizona.

Gary Scott is a newspaper reporter who thinks he’s seen

everything. But when he investigates a series of grisly and

bizarre killings – starting with a dog, then people, moving closer

and closer to Gary – he realizes that this is like nothing he has

ever encountered. Even the cops are terrified, and so Gary

must work alone to find the truth, as everything he believes in

proves to be false, and his reality comes apart.

Dark Heat is a tale of horror both physical and psychological, a

slide into panic in which nothing is ever as it seems, and what is

real is always worse than what is imagined."

***

C'est donc à la suite d'une nuit intermittente dans le hall du terminal 2 de l'aéroport Charles de Gaulle, d'une quinzaine d'heures de transfert et de multiple contrôles m’ôtant ceinture et chaussures, que je suis arrivé fringant dans l'immense toile urbaine tissée toujours plus largement en plein désert de Sonora qu'est Phoenix.

 

Terminal 2 Sky Harbor Airport, Phoenix, Arizona - 19h30 heure locale. Il y fait chaud, je ne vois pas Barry Graham. J'emprunte un téléphone mobile moderne à un des derniers passagers attendant encore taxi ou connaissance véhiculée, et compose son numéro, pas de réponse. Mon dernier vol en partance d'Houston avait eu une demi-heure de retard sur l'horaire prévu, je me dis que s'il ne vient pas, je suis dans une drôle de situation, ne connaissant même pas l'adresse précise de la maison, du Sitting Frog Zen Center, hormis l'intersection de deux rues servant de repère et indiquée sur le site web du Zen Center, c'est à 10 miles de l'aéroport. Mais finalement, cinq minutes après mon ''coup de fil'', je l'aperçois. Accolade - Je réalise - truc de dingue. Mon anglais est maladroit mais rapidement ça devient compréhensible, et on se marre car il ne retrouve plus l'endroit où est garée la berline Ford boite automatique louée pour 3 jours, le temps que Daishin, sa compagne, elle même zen teacher, revienne de Berkeley et du San Francisco ZenCenter où elle passe un long weekend.

 À peine 1h plus tard, nous rejoignons les galeries d'art le long de Grand Avenue, c'est First Friday, chaque mois, l'ambiance et les arts sont mis à l'honneur dans certaines rues, avenues, certains quartiers de Phoenix, les galeries ouvrent, les gens admirent, festoient, et ça fait vraiment plaisir. Deux rencontres majeures ce soir là, Robert Pela, un critique d'art reconnu et réputé pour sa critique acerbe, dont en témoigne son blog au nom explicite ''I hate everything'' - et Esther Voisin, une ravissante photographe française tout droit sortie d'un film Jarmuschien ou d'une oeuvre de Pratt, c'est d'ailleurs lorsqu'on en vient à parler graphic novel, en mentionnant Pratt comme une de mes influences, elle s'exalte et me rencarde sur des contacts qu'elle a en France, et étonnamment... Pratt l'accompagne tout personnellement puisqu'un petit tatouage aux silhouettes des danseurs de Tango - une des oeuvres du dessinateur italien – vient sublimer l'épiderme bronzé de son épaule droite. Alors qu'elle dialogue avec Barry dans un franglish devenu confus à mesure que son verre de vin rouge se vide, sa fillette nargue mon égo en alternant parfaitement le français et l'anglais, moi qui lutte encore tant en linguistique.

 

Enfin, voici l'article qu'écrira Robert Pela sur son blog au lendemain de la soirée, relatant nos rencontres (cliquez sur l'image) :

  I-Hate-Everything.JPG

 

Il va sans dire que je ne peux présenter mes humbles posters sans mentionner mes grandes influences, les Miller, Pratt, Burns pour la partie encrée – mais surtout et en particulier John Thompson et Wes Wilson dont l'impact sur mon art dépasse le cadre strictement artistique. Ils ne sont toutefois pas les seuls à avoir leur trombine dépeinte sur mes affiches, à l'ancienne manière de certains artistes amérindiens, j'honore par mon art les gens d'une tribu éparse... alliant une certaine sagesse à leur génie créatif, jeune au delà des années, conscients des terres, de la planète et de son abus par l'activité dominante, souvent étrangement stressée dans son attitude journalière, individualiste, ignorante et compétitrice, carnassière, perpétuellement geignarde et insatisfaite. A ce titre j'aimerais renvoyer aux 8 principes d'éco-psychologie définis par Théodore Roszak (cliquez sur l'image ci-dessous), et notamment le 6e que j'apprécie tout particulièrement :

 

6. ''Among the therapeutic projects most important to ecopsychology is the reevaluation

of certain compulsively "masculine" character traits that permeate

our structures of political power and which drive us to dominate nature as if it

were an alien and rightless realm. In this regard, ecopsychology draws

significantly on the insights of ecofeminism with a view to demystifying the

sexual stereotypes.''

 

 ECOPSYCHOLOGY: EIGHT PRINCIPLES
Theodore Roszak

Cliquez sur l'image :

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Je trouve cela diaboliquement vrai, toutes ''couches sociales'' concernées. Roszak méritera sa place lui aussi sur ''On The Road with Jerry'', prochainement.

Nous souhaitons ensuite retrouver Michele et Richard Bledsoe, deux artistes avec lesquels j'étais en contact depuis près d'un an sur recommandation de Barry, mais ils n'étaient plus à Deus Ex Machina, la galerie, fermée à l'heure où nous passions.

Barry Graham me demande si je suis fatigué? diable non, enfin il est probable qu'un peu, mais comment dire... j'ai pour habitude de rester sur la réserve de longues heures, appréciant le caractère inédit de l'instant comme rarement, j'affirme que non.

Direction donc un club – bar, pour trinquer et discuter de tout, 13e Note: l'éditeur français nous ayant mis en relation, Art, Zen, littérature, poésie, conscience environnementale, écrivains célèbres, les rencontres déjà mémorables du début de soirée, les (ex) petites amies, les filles-femmes-muses qui avaient, ont ou auraient, déclenché chez nous un ressenti magnifique, ... comme deux artistes inspirés, comme deux amis de longue date, la situation me fait halluciner de réalisme et rire tant j'en suis bien conscient, de la chance, du privilège, mais aussi de la volonté et de l'intention qui, maintenues impeccables assez longtemps, permettent à chacun de saisir sur le vif l'occasion salvatrice quand elle se présente, parce qu'intimement souhaitée. Shunryu Suzuki le formulait autrement :

 

“If your mind is empty, it is always ready for anything, it is open to everything. In the

beginner's mind there are many possibilities, but in the expert's mind there are few. ”

 

Nous ne sommes pas les pièces interchangeables que l'on veut nous faire croire. Nous sommes tous des joyeux lurons uniques, toutefois faits de la même matière. Qui peut le ressentir fera les bons choix, redécouvrant sa vraie nature, recherchant les alternatives.

Changement de bar, poursuite des discussions, je tourne à la Blue Moon, simple à prononcer et puis c'est une très bonne mousse.

J'ai une petite chambre d'ami à côté du Zendo de l'autre côté du jardin, avec douche et évier, tandis que la maison principale, typée ''désert'' comme la plupart là-bas, regorge de livres sur étagères à planches en bois horizontales et demi-agglos pour le maintien vertical, deux gros ventilateurs quasi silencieux au plafond, deux chats à leur aise dans le séjour au canapé confortable.

  Zendo-copie-1.JPG 

***

 

Dimanche débute mon initiation zazen dans le Zendo, il y a un étudiant supplémentaire prénommé Daniel, je galère avec ma position assise. Je récite en japonais et en anglais, bois le thé. J'y suis.

Bouddha tout comme Charlotte Joko Beck - la zenteacher qui fut la plus importante pour Dogo (Barry Graham) bien qu'il ait reçu la transmission du dharma de Yamashiro Roshi - sont présents à leur manière. Sans oublier Shunryu Suzuki, dont une photo sous verre orne un des murs de la pièce à côté d'un poème de St Francis.

 Dogo effectue un dharma talk en fin de session, je suis attentif, une bonne part du discours m'est familier pour être un lecteur assidu de son blog, et pour avoir lu et illustré la couverture de son livre Kill Your Self: lifeafter ego.

Je passe l'après-midi qui suit avec Daniel, l'étudiant bouddhiste, il a 53 ans et travaille comme volontaire au Japanese Friendship Garden dans Downtown Phoenix, on déambule un moment, les larges rues du centre ville sont vides comme pour le tournage d'un film, la chaleur est forte mais appréciable. Daniel me sert de guide pour une visite gratuite au jardin japonais, cette activité est une part primordiale dans sa pratique Zen, complémentaire de ses deux temps de méditation quotidienne. Il a rejoint le Sitting Frog Zen Center à la mort de son ancien professeur qui était d'une autre branche du Bouddhisme que le Zen. Je n'ai plus le nom en tête.

 

Phoenix

 Je paye quelques iced-teas après ça et on cause le reste du temps - enfin, j'écoute plus que je ne parle avec lui. Il fait super chaud, ville morte, c'est dimanche, je prends quelques clichés, avant de retrouver Barry en fin de journée. On dépose alors Daniel à son domicile, puis on tourne un peu en voiture, dans les quartiers et rues, en faisant constamment le rapprochement avec les romans et le graphic novel, car il s'agit bien de cette ville, Phoenix dont il est toujours question. Burritos végétariens dans un mexicain, avant de rentrer. Les courses sont effectuées dans un magasin Fresh & Easy, sorte de biocoop local. J'ai plein de livres entamés, on a un noyau dense d'intérêts littéraires, d'auteurs, en commun, qui une fois encore dépasse le contexte littéraire ou artistique. On retrouve des écrivains fameux, des activistes environnementaux, des naturalistes, des poètes, les étagères fourmillent de crime novels, noir novels, et de livres sur le Zen... quelques livres de botanique, d'autres sur l'alimentation, proviennent davantage de la bibliothèque de Daishin.

***

Daishin rentre mardi apm, je décide de passer ma journée sur Central Avenue, les Muséums en tête. Barry m'y dépose le matin à 10h, pour me récupérer à 18h. Il s'avère que le Phoenix Art Museum est fermé le mardi. Qu'importe, je passe l'essentiel de la journée au Heard Museum, dédié aux natifs américains (amérindiens) je tenais absolument à y aller. Mon amie Lakota, paléontologue pour la Standing Rock Sioux Tribe, Nord Dakota, a vécu en Arizona et même travaillé au Heard Museum il y a plusieurs années, c'est un très bel endroit, chargé d'émotion quand on sait ou découvre sur quoi s'est fondée l'Amérique moderne, comment s'est américanisée l'Amérique, et comment dans quelle ignorance et indifférence les masses défilent continuellement et quotidiennement. Les Mc Donalds, les KFC, le rythme et les préceptes de l'économie mondiale, le port d'arme légal, les OGM, les lobbyings, la politique misérable, la colonisation des esprits et le massacre de la biodiversité et des écosystèmes dont la pérennité des équilibres constitue le support de toute vie.

 

Vince-museum-copie-1.JPG

 

Je savoure un break et une boisson dans la cour, achète quelques cartes postales, puis m'en vais marcher le long de Central Avenue.

Phoenix est telle que dépeinte dans Dark Heat, du moins, c'est ce que Barry ne cesse de souligner. Je reconnaîtrais presque que mon sentiment rejoint son affirmation. J'ai l'impression d'y être déjà passé, d'y avoir déjà vécu, de m'y tenir debout depuis un nombre important d'années, je m'y sens familier. Cette vision m'a d'abord sauté au yeux la première fois lors de l’atterrissage et de la vue que j'avais du hublot sur la métropole du désert. Un gigantisme difficilement descriptible, presque étouffant. L'affluence d'âmes urbaines et l'Histoire qui se peint et repeint. Des tas de choses me traversent l'esprit, mon esprit traverse un tas de choses, du genre effet... champ d’astéroïdes. Je ne peux en contenir que l'image floue des doux instants de l'existence filante.

 

***

Make-my-baby.JPG

 

 

Le mercredi soir, nouvelle séance au zendo conduite cette fois-ci par Daishin. Daniel est présent, ainsi que Kyle, d'un âge proche du mien, il étudie les arts cinématographiques.

Puis une soirée spéciale débute, une cérémonie sangha honore la communauté présente, avant de jouir d'un apéritif accompagné d'un concert privé du groupe Make My Baby dont Lonna Kelley, une des membres est une amie de longue date de Barry, également pratiquante zen. Steve Weiss, autre ami de Barry qui travaille pour le cinéma indépendant, un type approchant la soixantaine, qui connaît très bien Phoenix, et le milieu cinématographique, nous régale plus tard de commentaires et d'anecdotes avec un enthousiasme très communicatif. Make my Baby en musique ça donne ça :

 

 

 

 

 

 

 

ou bien ça :  

 

 

J'ai l'occasion de visiter le Phoenix Art Museum le jeudi avec en autre la mise en avant de deux expositions spéciales, Gustave Baumann, peintre du Southwest et Frank Lloyd Wright, le précurseur et visionnaire architecte - superbe. Puis le privilège d'enchaîner ensuite, en compagnie de Daishin et de Dogo, The Practice of the Wild, le film essentiel avec Gary Snyder et l'écrivain Jim Harrison. Tous les deux excellemment bien connus de ce blog...

 

Phoenix-art-museum.JPG

 

***

Vendredi, dernière journée sur place, programme dense. J'invite tout le monde au japonais à midi. On se balade ensuite à Tempe, le long de Tempe's Lake, où le trafic aérien maintient un bruit perpétuel, et où ce lac, cette retenue d'eau semble bien incongrue avec les spécificité de l'endroit. Direction Scottsdale où l'on rencontre Patrick le gérant du Poisonned Pen, une librairie indépendante estampillée Crime novels. Barry Graham y a d'ailleurs son étagère dédiée, les trois bouquins avec mes illustrations en couverture sont présents. Ça mérite photo.

 Library

 

books

 

 

Le soir direction Deus Ex Machina, la galerie, cette fois-ci est la bonne, je rencontre Michele et Richard Bledsoe dans ce lieu atypique, en fait le mot exact est: éclectique!

Ils sont charmants, déjantés, passionnés. Je me retrouve dans leur folie, leur vision.

 

Deus-Ex-Machina.JPG

 

Il y a une performance poétique, avec de nombreux intervenants, Barry y performe trois de ses poèmes, et non des moindres. Vraiment un lieu intéressant.

J'offre à Michele et Richard une affiche chacun, un Tom Waits pour Michele, et l'ovni survolant Phoenix pour Richard qui prépare une expo dédiée, je crois comprendre, à ce genre d'hommage extraterrestre.

 

Waits.JPG

 

Enfin, Barry nous guide vers le Bikini Lounge, un bar que je caractérise sur le moment d'inspiré de celui où débarque Clooney et Tarantino dans From Dusk Til Dawn. Trois litres de bière s'y écoulent, et Daishin consomme peu. On cause musique, on cause collaborations futures, on rit, on a beau vivre l'instant, il est rare de ne pas sentir poindre une certaine nostalgie de la page qui tourne au moment même où elle se tourne. La compassion s'applique à tous, aux autres, à soi, à toute l'existence depuis le big bang, celui qui sait opérer avec compassion et détachement, ne souffre plus des tourments mêmes que génère les interactions de vie, les relations, les sentiments, les dites forces les dites faiblesses, perfection imperfection. La vie comme elle est, parfaite comme elle est.

Shunryu Suzuki dirait :

''enjoy your problems''

 

Dogen :

“Forgetting oneself is opening oneself”

“To study the Buddha Way is to study the self. To study the self is to forget

the self. To forget the self is to be actualized by myriad things. When

actualized by myriad things, your body and mind as well as the bodies and

minds of others drop away. No trace of enlightenment remains, and this notrace

continues endlessly.”

 

Charlotte Joko Beck :

''Caught in the self-centered dream,

only suffering.

Holding to self-centered thoughts,

exactly the dream.

 

Each moment, life as it is, the only teacher. Being just this moment, compassion's way.''

 

Déstructurer la représentation du temps dans les esprits est une grande part de mon intention ces derniers mois, je pense l'avoir plutôt deux fois qu'une, retranscrit dans Solar Shiverings. Il faut pouvoir s'extirper des points de vues, croyances, contraintes ou conditionnements, par lesquels on se restreint dans un confort fictif face à l'inconnu ou notre excès d'importance propre. Car toute existence est précaire et le restera - indépendamment du schéma sociétal dans lequel elle évolue, indépendamment des priorités qu'elle s'accorde à mettre en avant pour son intérêt et confort personnel.

De retour chez eux, c'est Burritos pour combler la faim et éponger l'hydratation excessive. Il est autour de minuit trente, je n'ai pas prévu de dormir, Daishin entame une sieste, tandis que je prolonge la conversation avec Barry, je ne sais pas si je le mérite mais pour avoir fait allusion lors du déjeuner au collier bouddhiste japa-mala, remarqué sur Daniel et pour avoir vu Snyder et Ginsberg en porter lors de The Human Be-in gathering - San Francisco 1967, je reçois de la part de Barry, un présent inestimable, le japa mala ou o-juzu, 108 perles en bois avec quatre plus grosses sculptées ici en forme de tête de mort. Ce même japa mala qu'avait confectionné pour lui un moine dans le pur style southwest.

À l'heure de me déposer à l'aéroport, l'accolade est succincte avec Barry au Sitting Frog Zen Center, ''thanks so much Barry'' est tout ce que j'articule. Je monte alors en voiture avec Daishin jusqu'au terminal 2 de l'aéroport ou nous nous séparons, reconnaissants, pour les quelques jours passés ensemble, à discuter agriculture, alimentation, art et diverse littérature. Il est déjà prévu que lors de mon retour, nous rendions visite à Larry Fondation, proche ami de Barry Graham, récemment publié en France chez Fayard - Il vit à L.A.

La prochaine fois j'opterai pour le séjour prolongé, sous visa, ou termes légaux, m'autorisant la résidence - à bon entendeur...

 

Vince Larue – avril 2012  

 

Cliquez sur les images ci dessous :

Scumbo

 

 

How Do You Like Your Blue Eyed Boy

 

Kill Your Self: life after ego

  

  Vince Larue est un artiste, écrivain, activiste, ultramarathonien - frissons solaires est son premier livre, un recueil de poèmes mélangeant diverses influences, Beat, le Zen, et tribaux. (cliquez sur l'image ci-dessous) :

Illustrations de Vince Larue

  

 ***

 

Quand un véritable moine bouddhiste approfondit son exploration du mythe d’un Phoenix crypto-fasciste, écrasé de chaleur, tremblant de violence mais aussi d’amour, cela donne deux polars chauffés à blanc où s’enchaînent non-stop bastons mémorables et scènes de cul torrides.
Enfant de Glasgow, boxeur professionnel, moine bouddhiste, Barry Graham écrit sur la mort, sur la prison, sur les rues de Phoenix jonchées d’armes à feu, sur les désirs contrariés. Il parle de shérifs sadiques et de détenus du couloir de la mort. Ses fictions sur les dealers mexico-américains sont si convaincantes qu’on lui a demandé si son travail était autobiographique. Or il est écossais et ne deale pas… Graham a une magnifique écriture. Le blues de ses paroles rend la douleur et la joie plus poignantes. Il transforme la souffrance privée en souffrance publique. De façon suprêmement délicate.
[D’après l’introduction de Larry Fondation à Regarde les hommes mourir]
 
« En Amérique, on aime tuer les gens. Parfois légalement, le plus souvent non. Mais c’est une constante. Il arrive qu’on tue pour sauver sa peau, ou en proie à la rage ou à la terreur. Ou avec préméditation, après des heures, des jours ou des mois de préparation. J’ai assisté à deux meurtres. J’ai observé le visage de ces hommes tandis qu’ils mouraient. Et beaucoup d’autres crimes ont été commis tout près de moi. »
Barry Graham, Regarde les hommes mourir
 
            Illusory Flowers in an Empty Sky
Illustration de Vince Larue
 
Barry Graham est un écrivain reconnu internationalement, né en 1966. Journaliste, il assume également la charge d'abbé au « Sitting Frog Zen Center » à Phoenix (Arizona), où il réside. À la demande de prisonniers condamnés à mort, il a assisté à deux exécutions. Son article écrit après cette expérience, - « Regarde les hommes mourir » (« Why I Watch People Die ») a été publié dans Flaunt en 2008 et a été récompensé d’une médaille d’argent Folio. Ses textes ont également paru dans des magazines comme Harper's, Parabola, Las Vegas Life, The Arizona Republic et Scotland on Sunday. Barry Graham est l’auteur du roman The Book of Man (Serpent's Tail, 1995), choisi par l’American Library Association comme l’un des meilleurs livres de 1995, et d’un recueil de récits, Before (Incommunicado Press, 1997). Ses nouvelles apparaissent dans trois anthologies : Phoenix Noir (Akashic Books, 2009), Suspect Device (Serpent's Tail, 1998) et Intoxication (Serpent’s Tail, Londres, 1998, et Au diable vauvert, Paris 1998). 

***

"Frissons solaires d'un ange

de la désolation"

de Vince Larue

Cliquez sur l'image ci-dessous et découvrez les écrits de Vince Larue :
 
   

 

Par Tonton - Publié dans : L'Art des Sixties - Communauté : On the road...
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